Faire germer des graines en apesanteur n'est pas nouveau, puisque la pratique remonte à 1946. Le CNES la poursuit avec ChlorISS, l'expérience botanique menée par l'astronaute française Sophie Adenot à bord de l'ISS, suivie par 260 000 élèves.
On pourrait croire que faire pousser des plantes dans l'espace est une expérience futuriste, mais en réalité non. L'humanité s'y essaie même depuis près de 80 ans. Des premières graines envoyées à bord de fusées dès l'après-guerre jusqu'aux mini serres installées aujourd'hui à bord de la Station spatiale internationale (ISS), chaque étape a permis de mieux comprendre comment les végétaux réagissent à l'apesanteur. Sa dernière évolution s'appelle ChlorISS, l'expérience menée en 2026 par l'astronaute française Sophie Adenot, suivie sur Terre par 260 000 élèves à travers la France.
80 ans de plantes cultivées dans l'espace, retour sur une aventure oubliée
Posons-nous la question suivante : une graine peut-elle survivre à un lancement en fusée et à l'apesanteur ? Dès l'immédiat après-guerre, en 1946, des scientifiques ont envoyé les premières semences à bord de petites fusées de type V2, uniquement pour observer leurs réactions au voyage spatial, sans imaginer qu'un jour, on y ferait pousser de la salade.
Vingt ans plus tard, en 1966, des graines germent pour la première fois en orbite, à bord d'un vaisseau soviétique, ce qui est une petite révolution silencieuse. Cinq ans après, des centaines de graines d'arbres font même le tour de la Lune avec la mission Apollo 14, sans qu'on sache encore si l'espace changerait leur nature.
Puis est arrivée l'ère des stations spatiales : Saliout, Mir, et enfin l'ISS, où les astronautes installent alors de véritables mini-serres. Sans le repère de la gravité, les plantes perdent leurs habitudes terrestres et n'ont plus de « haut » ni de « bas », elles apprennent à s'orienter grâce à la lumière et à l'humidité. Les progrès sont tels qu'en 2015, des astronautes américains ont croqué la toute première laitue cultivée directement dans l'ISS. Quelques années plus tard, des zinnias ont fleuri aussi, pour le plus grand bonheur des équipages, car se faire livrer un bouquet en orbite reste, on l'imagine, un peu compliqué.

ChlorISS, l'expérience qui allie science et pédagogie dans l'ISS et sur Terre
Vient donc le moment de parler de ChlorISS, un nom qui rappellera peut-être à certains Chloris, nymphe grecque du printemps et des fleurs. L'expérience embarquée par Sophie Adenot lors de sa mission Epsilon, développée par le Centre national d'études spatiales (CNES) avec Sorbonne Université et les ministères de l'Éducation et de l'Agriculture, consiste à faire germer deux petites plantes de la famille du chou, l'arabette des dames et le mizuna, une salade d'origine japonaise. L'objectif est d'observer si, sans gravité, ces graines poussent de la même façon que sur Terre, et comment la lumière influence le sens dans lequel elles se développent.
Après avoir décollé en février 2026 vers l'ISS, Sophie Adenot n'a pu démarrer l'expérience qu'en mai, puisque le matériel ChlorISS avait voyagé séparément, à bord du cargo Cygnus NG-24, et qu'il n'est arrivé qu'en avril. Une contrainte logistique d'ailleurs méconnue du grand public. Dans l'espace, les astronautes et leurs expériences scientifiques ne voyagent jamais à bord des mêmes capsules, celles-ci étant réservées soit aux équipages, soit au fret.
En tout cas, pendant que l'astronaute manipule ses graines en orbite, 260 000 élèves français reproduisent le même protocole en classe, de l'élémentaire jusqu'au lycée. Les images prises à bord ont ensuite été analysées par Eugénie Carnero Diaz, maître de conférences à Sorbonne Université, qui a comparé les résultats obtenus dans l'ISS à ceux remontés par les établissements scolaires.

Alors il y a l'enjeu de la botanique, mais il y a surtout un intérêt pédagogique ici. Rattachée aux cours de sciences, physique-chimie, maths et technologie, ChlorISS permet aux élèves de vivre une vraie démarche de chercheur, c'est-à-dire qu'ils formulent une hypothèse avant l'expérience, observent leurs propres plants pousser en classe, puis comparent leurs résultats à ceux obtenus par Sophie Adenot dans l'ISS pour voir si leurs prédictions se confirment. Une façon concrète, pour le CNES, de donner le goût des sciences aux plus jeunes.